Le LASDEL a un nouveau directeur scientifique : Dr Amadou Oumarou. Le LASDEL organise la 4ème session de son Université d'été du 15 au 29 septembre 2010, thème: "Politiques publiques, vie politique, action collective".    

 
N°32 Les pouvoirs locaux dans la commune de Tchintabaraden

Abdoulaye Mohamadou, Enquêteurs : Afélane Alfarouk et Ahmoudou Rhissa

SOMMAIRE

Les Kel Dinnig : de la confédération aux communes L’arrondisssement de Tchintabaraden correspondait avant la création de celui d’Abalak en 1992 à l’espace géographique et social des Touareg Iwillimenden ou Kel Dinnig. Après la révolte de Kaocen en 1916-1917 et son anéantissement par les troupes coloniales françaises, l’aménokalat des Iwilimenden fut disloqué et réparti en plusieurs groupements. Cette technique de diviser pour mieux régner, largement utilisée par l’administration coloniale, constitue le point de départ du découpage administratif pour les populations de cette région. L’objectif était d’affaiblir le pouvoir politique préexistant en jouant sur les rivalités internes entre les différentes tribus. A l’époque déjà, la rivalité entre l’aristocratie guerrière et l’aristocratie religieuse était perceptible. Elle s’amplifiera par la suite sous les différents régimes après les indépendances et conduira à la création, en 1992, de l’arrondissement d’Abalak qui deviendra le centre politique de l’aristocratie religieuse du 2ème groupement. La nouvelle loi de décentralisation, en communalisant les groupements, est venue légitimer le découpage administratif colonial sur le plan territorial. Après l’espace social et politique, c’est l’espace géographique de la confédération qui est morcelé à son tour. L’économie pastorale de cette région basée sur la mobilité des hommes et des troupeaux s’accommodera-t-elle de telles limites spatiales ? Quelles seront les modalités de gestion de l’espace et des ressources pastorales dans le cadre des nouvelles communes ? Des statuts sociaux à l’égalitarisme républicain La société touareg est présentée par plusieurs auteurs (voir Nicolas, Bernus, Alghejal) comme une société fortement hiérarchisée où les statuts sociaux des individus déterminent leur place dans la gestion des affaires politiques. Seuls les nobles appelés Imajeghan, se réservaient le droit de l’exercice du pouvoir politique, alors que les autres en étaient exclus. L’actuelle commune de Tchintabaraden regroupe l’ancienne aristocratie guerrière des Kel Nan et ses anciens dépendants. Jusqu’à une date récente, c’est cette aristocratie qui jouait un rôle de premier plan, à la fois pour des raisons historiques et politiques (le pouvoir militaire qui a dirigé le Niger de 1974 à 1989 s’est appuyé sur la chefferie traditionnelle). Du point de vue démographique, l’aristocratie est actuellement le groupe le plus minoritaire. Dans ces conditions, on peut considérer que le pouvoir local risque de passer entre les mains des groupes qui étaient politiquement marginalisés mais qui sont démographiquement majoritaires. Ce sera un des enjeux des prochaines élections municipales. Va-t-on assister à des votes ethnico-sociaux ou alors la logique des partis politiques va-telle prévaloir ? De la « mise en garde » à la gouvernance locale Tchintabaraden a été un arrondissement qui a entretenu des relations tumultueuses avec l’Etat central du Niger. Le rapport au politique a été fortement marquée par divers évènements : la question touareg aux lendemains des indépendances, le coup d’Etat avorté de 1976, la rébellion touareg, etc. La vraie ou fausse tentative de création d’un « Etat touareg » aux lendemains des indépendances avec la complicité supposée de l’ex-puissance coloniale a conduit l’Etat central à se méfier des populations de cette région jugées belliqueuses et sécessionnistes. En 1976 eût lieu une tentative de coup d’Etat militaire dans laquelle furent impliquées deux importante personnalités de l’arrondissement, le capitaine S.M et le député KH.M. Le premier fut exécuté et le second se réfugia en Libye où il participa à l’animation d’une opposition au régime militaire de Seyni Kountché En 1981, suite à l’appel de Kadhafi et craignant pour leur vie, plusieurs cadres de l’arrondissement fuient et rejoignent la Libye. A ces exilés politiques, il faut ajouter un très grand nombre de migrants économiques à la suite des sécheresses des années 70 et 80. Une importante communauté venant de l’arrondissement se retrouva donc en Libye qui était à l’époque un sanctuaire des mouvements armés. Une opposition politique au régime de Niamey s’est constituée, avec à sa tête le fils de l’ancien président Diori Hamani. Mais il y avait surtout la légion islamique de Kadhafi, dans laquelle ont été enrôlé de jeunes Touareg du Mali et du Niger, et des Toubou du Tchad et du Niger. Ils ont combattu sur tous les fronts de l’époque (Tchad, Liban, Syrie, Soudan, etc.). Ces combattants mercenaires seront les animateurs des rebellions des années 90 dans leurs pays. Le pouvoir militaire plaça l’arrondissement sous haute surveillance. Des administrateurs militaires y ont été nommés, notamment des officiers et sous officiers militaires, comme sous-préfets et chefs de poste. Un service de renseignements dense fut mis en place avec une unité spéciale composée de ressortissants de la région qui avait les pleins pouvoirs. Un climat de suspicion et de délation fut entretenu qui empoisonna les relations entre les différentes communautés. La décentralisation apparaît alors comme un moyen de réconcilier l’Etat central avec les populations dont elles ne retiennent que la brutalité et la répression.
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