SOMMAIRE
Le Niger vit une crise alimentaire depuis le début de l’année 2005 pour certaines zones et depuis fin 2004 pour d’autres. Le département de Ouallam en général et le canton de Tondikiwindi en particulier, dans la région de Tillaberi à l’Ouest du Niger, font partie de ce dernier groupe. Ils sont même classés selon le SAP parmi les zones les plus vulnérables du pays. Qu’est-ce qui explique cette situation ? Comment la crise tant médiatisée a-t-elle été vécue et gérée par les habitants du village de Tondikiwindi ? Quelle est leur perception de cette crise et de la manière dont elle a été gérée ? Quelle en était l’ampleur ? Quelle est la situation nutritionnelle des enfants (et même des adultes) de ce village ? Peut-on établir une comparaison entre Tondikiwindi et les villages de la région de Madarounfa ?…. Autant de questions auxquelles tente de répondre ce rapport.
Au plan sociodémographique, Tondikiwindi est un village de 4.095 habitants et 495 chefs de familles, répartis entre 12 quartiers (selon le chef de village) et un groupement peul. Tondikiwindi est majoritairement habité par des Zarma. Ce village est à la fois chef lieu de canton et de commune rurale : il y a ainsi un chef de village, un chef de canton et un maire dans le même espace. La commune de Tondikiwindi compte 83 villages ; elle est limitée au nord par le Mali, au sud par la commune urbaine de Ouallam, à l’est par la commune rurale de Balleyara et celle de Dingazi. Le plus important marché de cette commune est celui du village de Mangaïzé, gros bourg situé à 28 kms du village de Tondikiwindi ; ce marché se tient tous les jeudis.
La porte d’entrée pour aborder la crise a été l’analyse de la production ou des systèmes de productions au cours des trois dernières années. Nous avons évité de prononcer les mots crise, difficulté ou famine, afin d’éviter que l’enquêté ne produise un discours standard ou ne noircisse le tableau de la crise. C’est seulement lorsque l’interlocuteur l’aborde du fait de la baisse de sa production, ou du fait de l’invasion acridienne dans l’année du milieu (2004-2005), que l’entretien est organisé autour de cette question. Pour la plupart des interlocuteurs, les plus pauvres, cette année n’est pas une année de crise ; c’est une année comme toute autre pour eux depuis des décennies, elle a été un peu plus difficile parce qu’il y a eu une médiatisation qui a fait augmenté le prix des denrées, mais l’arrivée des secours alimentaires dans la zone a vite dissipé cette difficulté. La véritable crise alimentaire, ils la situent en 1974 ou en 1984 ou encore en 1997. Quant à la malnutrition, elle n’a pas du tout été abordée ni par les populations, ni par les agents de santé. C’est seulement lorsque nous interpellions une personne sur ce sujet qu’il en a été discuté.