Le LASDEL a un nouveau directeur scientifique : Dr Amadou Oumarou. Le LASDEL organise la 4ème session de son Université d'été du 15 au 29 septembre 2010, thème: "Politiques publiques, vie politique, action collective".    

 
N°16 Les pouvoirs locaux à Birnin Lallé

Abdoulaye Mohamadou

SOMMAIRE

La décentralisation comme enjeu La décentralisation va peut-être enfin devenir une réalité. Son projet aussi vieux que l’administration nigérienne (il date du début des années 60), maintes fois annoncé et repoussé au gré des conjonctures politiques nationales, semble aujourd’hui avoir amorcé le dernier virage. Ce coup d’accélérateur s’explique par plusieurs raisons : Dans la foulée de la libéralisation politique amorcée depuis le discours de La Baule, la gouvernance locale est devenue le cheval de Troie des bailleurs de fonds qui en font une conditionnalité de leur aide. C’est le versant politique de l’approche participative, et ici elle s’exprime en moins d’Etat et plus d’acteurs locaux dans la gestion des affaires publiques. Les accords de paix de 1995 avec la rébellion qui ont consacré la décentralisation comme point d’accord sous les auspices des partenaires extérieurs, principaux donateurs du Niger, légitiment davantage la revendication des partisans de la décentralisation. L’Etat a de plus en plus de difficultés à assumer ses missions de service public, faute de moyens, ce qui limite sa marge de manœuvre vis à vis des populations et des bailleurs de fonds. Les projets et ONG assurent aujourd’hui une part importante de l’encadrement des populations. Ce sont eux qui font le développement ; l’Etat n’investit plus depuis longtemps et ses services techniques ont de la peine à accomplir leurs missions. La société civile (syndicats, associations et ONG) et les partis politiques, forts de la légitimité que leur a conférée la Conférence nationale et qui s’est renforcée avec l’appui des bailleurs des fonds, disputent à l’Etat le contrôle et la gestion de l’espace politique. Les conditions sont donc réunies pour que la décentralisation soit effective. Certains acteurs (projets de développement, cadres ressortissants notamment) se sont mis dans cette perspective, depuis un certain temps, à travers la réalisation d’infrastructures socio-économiques pour les premiers et le courtage en développement au profit des terroirs d’origine pour les seconds. Certains sont allés plus loin en mettant en place des comités pré-communaux comme la coopération suisse à Gaya et le PNUD/FENU à Mayahi et N’guigmi. La mise en œuvre de la décentralisation est perçue comme la solution à la « mal gouvernance », entendue au sens large. Cela implique une redéfinition du rôle de l’Etat et une recomposition des arènes locales. C’est pourquoi le pouvoir local est devenu un enjeu et on assiste à l’éclosion de nouvelles dynamiques sociales. Les acteurs politiques et économiques d’en haut et d’en bas cherchent à se positionner pour se faire une place dans ce nouvel espace politique, dont la configuration reste à construire. Cadres, chefs traditionnels, politiciens, commerçants et opposants rivalisent de stratégies pour donner un contenu à la décentralisation, chacun en agissant au mieux de ses intérêts. Au Niger, le choix fait par le pouvoir militaire qui a dirigé le pays de 1974 à 1989 de s’appuyer sur la chefferie a permis à celle-ci non seulement d’exercer un contrôle exclusif sur l’arène locale mais aussi de tisser des relations avec l’élite politico-militaire, et elle a ainsi pu pousser ses « enfants » cadres vers les hautes sphères de l’Etat. Son alliance avec le pouvoir central lui permettait d’avoir un certain droit de regard sur l’Etat local. Il suffisait ainsi qu’un cadre de commandement dérange le chef de canton pour qu’on obtienne son « affectation » ailleurs. Les dirigeants des samaria et des coopératives (les institutions socio-culturelles et socio-économiques qui étaient la base des régimes précédents), et les imam affiliés à l’association islamique du Niger, ainsi que les présidentes des sections de l’Association des femmes du Niger occupaient aussi l’aréne locale et ont servi de fer de lance au Parti-Etat MNSD. A partir des années 90, la libéralisation politique a permis l’émergence de nouvelles formes de regroupements, de deux types principalement : les partis politiques, et les ONG et associations.
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